Votre organisme à but non lucratif atteint-il ses objectifs de placements?

Cet article examine les meilleures pratiques en matière d'investissement à but non lucratif, qui aideront à mieux outiller les administrateurs assis autour de la table du conseil d'administration dans l'exercice de leurs fonctions.

Votre organisme à but non lucratif atteint-il ses objectifs de placements?

  • Rédigez un énoncé de politique de placements avec votre gestionnaire de placements ou conseiller en matière de placements. Cet énoncé est essentiel à la gestion des placements de tout organisme à but non lucratif.  
  • Considérez le taux de dépenses, le rendement ainsi que les risques comme les éléments d’un tout. Assurez-vous que les administrateurs comprennent bien l’incidence possible des différents niveaux de risque du portefeuille sur les activités futures de l’organisme.
  • Utilisez la règle d’or, c’est-à-dire le rendement annuel nécessaire, pour évaluer les résultats à long terme de vos placements.

Faire partie du conseil d’administration d’un organisme à but non lucratif est un moyen formidable de mettre ses compétences au service d’une cause et d’avoir une influence positive sur la collectivité.

En général, les deux principales sources de fonds d’un organisme à but non lucratif sont les dons et les placements. La première source, bien que centrale, est relativement facile à comprendre : les personnes qui ont à cœur la cause défendue par l’organisme sont motivées pour faire des dons; c’est en tout cas ce que l’on espère.

La seconde source, cependant, peut souvent sembler obscure. Quel est le seuil de tolérance au risque de l’organisme? À quel type de rendement peut-elle s’attendre et quelle incidence cela a-t-il sur les capacités de dépenses? Comment savoir que les objectifs sont en cours de réalisation?

Cet article, qui examine les bonnes pratiques en matière de placements, vise à aider les administrateurs dans l’exercice de leurs fonctions.

Risques, rendements et dépenses : le problème de « la poule et de l’œuf »

En matière de placements, les risques et les rendements sont étroitement liés. Rien n’est gratuit comme on dit souvent! Et en effet, tout potentiel de rendement plus élevé s’accompagne d’une volatilité (risques) également plus élevée, en particulier sur de courtes périodes.

Pour un organisme à but non lucratif, les objectifs en matière de rentabilité et de risques devraient inclure le respect des exigences de dépenses tout en préservant le capital et en évitant de prendre des risques excessifs.

Bâtir un portefeuille en vue de pouvoir atteindre ces objectifs devrait commencer par la question suivante : quel taux de dépenses pouvons-nous accepter, en fonction de notre seuil de tolérance, compte tenu des rendements attendus? Ou bien, si nous avons un taux de dépenses duquel nous ne souhaitons pas nous écarter, quel niveau de risque devons-nous accepter pour obtenir un rendement permettant de maintenir un tel niveau?

Commençons par une situation courante. Une fondation a l’intention d’affecter chaque année 5 % de ses actifs à des dons de bienfaisance. Pour simplifier les choses, supposons qu’elle ne recevra aucune contribution.

Les dons qu’elle fera proviendront donc uniquement de son portefeuille et des rendements de ses placements. La gestionnaire des placements de la fondation suggère deux portefeuilles possibles avec différentes allocations pour les actions (risques plus élevés) et les titres à revenu fixe (risques plus faibles).

Elle suppose que les rendements à long terme seront les suivants : 8 % pour un portefeuille diversifié d’actions internationales, et 3,5 % pour un portefeuille diversifié de titres internationaux à revenu fixe, soit des rendements correspondant plus ou moins aux attentes actuelles des sociétés de gestion financière.

La gestionnaire de placements fait une simulation, obtenant des milliers de possibilités quant au rendement possible du portefeuille et les résultats suivants :


Nous pouvons voir ici qu’il y a compromis en choisissant un seuil de risque. Le portefeuille à faible risque n’aura probablement aucun problème à survivre pendant 15 ans malgré un taux de dépenses supérieur à son rendement annuel de 4,4 %.

Cependant, au fil du  temps, l’accroissement du taux de dépenses commencera à peser sur le capital, laissant au portefeuille moins de 23 % de chances de survivre pendant 30 ans. Que se passe-t-il si les risques s’accroissent?

De la même manière, le portefeuille à risque modéré devrait très probablement survivre pendant 15 ans et a beaucoup plus de chances de survivre pendant 30 ans à 59 %, en grande partie grâce au rendement annuel prévu, qui est de 6,2 %.

Le compromis est évident cependant : outre les rendements plus élevés du portefeuille à risque modéré, la perte annuelle maximale prévue est de 33 %, par rapport à 16 % pour le portefeuille à faible risque. Il faut donc considérer comment le conseil de la fondation pourrait réagir à une perte annuelle de 33 %.

Sa disposition à accepter de tels risques est-elle suffisante pour supporter une telle perte? Au-delà de la gestion des placements, il y a un autre aspect crucial du travail de gouvernance d’un conseil : la gestion des émotions et des attentes. La création d’un énoncé de politique de placements est utile à cet égard; nous en discutons d’ailleurs dans la dernière partie de cet article.   

Malgré un taux de rendement (6,2 %) supérieur au taux de dépense (5 %), il peut sembler étrange que le portefeuille à risque modéré n’ait que 59 % de chances de survivre pendant 30 ans. Les raisons en sont simples : l’inflation et les dépenses.

Pour un organisme à but non lucratif qui cherche à poursuivre sa mission indéfiniment, l’indicateur de rendement clé du succès des placements devrait être le rendement annuel exigé. L’inflation, les dépenses et les charges jouent en effet un rôle important :

Rendement annuel nécessaire = taux de dépenses + taux d’inflation + taux de charges

Dans notre exemple, le taux de dépense est de 5 %. Nos simulations utilisent un taux d’inflation de 2,6 % basé sur les niveaux historiques.

Les charges incluent les flux de trésorerie sortants qui ne sont pas liés aux dons (rémunération des membres du conseil, frais de gestion des placements, etc.). Supposons que ces charges soient de 0,4 %. Nous obtenons un rendement annuel de 8 %, ce qui correspond exactement à ce que pourrait produire un portefeuille composé à 100 % d’actions.

La fondation dispose donc de trois leviers :

  • Investir à 100 % dans des actions. Une des simulations indique qu’on obtiendrait une perte annuelle maximale de 53 % et un taux annuel de volatilité de 16 %, par rapport à un taux de volatilité de seulement 10,1 % pour le portefeuille à faible risque. Il est probable que cette situation ne soit pas adaptée à un portefeuille nécessitant de la souplesse pour les distributions annuelles.
  • Réduire le taux de dépenses. Cet aspect n’est pas exactement le sujet préféré du conseil d’une fondation. De plus, l’ARC impose un contingent de versements de 3,5 % par an (sous réserve des règles de report et d’autres règles), soit une autre contrainte dont la fondation doit tenir compte.  
  • Réduire les charges. Étant donné que les charges sont de 0,4 %, la marge de manœuvre est faible.

En pratique, les organismes à but non lucratif reçoivent des dons, et le taux de contribution prévu peut être déduit du taux de dépenses afin de réduire le rendement nécessaire; cependant, ce n’est pas toujours le cas.

Dans le monde des organismes à but non lucratif, et plus précisément des fonds de dotation et des fondations, deux règles générales ont toujours été appliquées : un taux de dépenses de 5 % et une allocation des actions et des titres à revenu fixe selon un rapport 60/40.

Bien que cela puisse constituer un point de départ utile pour la création d’un portefeuille de placements, comme nous le voyons dans l’exemple ci-dessus, il n’existe pas de solution unique qui convienne à tout le monde.

Bonne gouvernance et énoncé de politique de placements

Les activités des organismes à but non lucratif liées aux placements devraient suivre un énoncé de politique officiel.

Cet énoncé sert à définir clairement les rôles et les responsabilités des parties, les placements autorisés et les restrictions, et constitue un véritable guide pour les conseils d’administration dans l’exercice de leurs fonctions, ce qui est crucial étant donné la constance du roulement des administrateurs.

Un gestionnaire de placements compétent devrait pouvoir guider un organisme à but non lucratif tout au long du processus et avoir une idée précise du contenu du portefeuille de placements. Vous trouverez ci-dessous une liste non exhaustive des différentes parties d’un énoncé de politique de placements et de leurs buts :


Réussir à administrer un organisme à but non lucratif est un jeu d’équilibriste consistant à veiller au bon ordre des affaires et à ne pas submerger les administrateurs, qui sont souvent des bénévoles ou peu rémunérés.

Un énoncé de politique de placements bien pensé reposant sur une analyse rigoureuse de l’adéquation entre les risques et les rendements ainsi que le mandat de l’organisme constitue un excellent point de départ.

Travailler avec un bon conseiller en placements ou gestionnaire de placements peut apporter une vraie tranquillité d’esprit afin que les administrateurs puissent se concentrer sur la mission centrale de leur organisme.

À propos de l’auteur

CPA New Brunswick

Nous sommes les Comptables professionnels agréés (CPA) du Nouveau-Brunswick. Notre vision est que la désignation commerciale et comptable de CPA au Canada soit prépondérante et respectée à l'échelle mondiale.