Les rachats d’actions sont-ils une sorte de bouc-émissaire?

Les rachats d'actions sont-ils une mauvaise chose? Comme c'est le cas pour de nombreuses questions, ça dépend!

Le magazine The New Republic a publié en août un article cinglant, intitulé Apple’s Stock Market Scam, qui dit en substance ce qui suit : Apple Inc. n’a pas atteint une valorisation d’un billion de dollars grâce à l’innovation ou en étant simplement une entreprise extrêmement rentable. Selon l’auteur de l’article, Apple a atteint de tels résultats en consacrant des milliards de dollars au rachat de ses propres actions.

Et il n’est pas le seul à le penser. Ces dernières années, les experts financiers et politiques ont en effet souvent qualifié le rachat d’actions d’acte cupide nuisant aux investissements en capital et donc à la croissance économique.

Ces mêmes experts ne voient souvent aucun problème en ce qui concerne le versement de dividendes aux actionnaires, mais n’hésitent pas à vilipender les rachats d’actions. On entend souvent dire également que les politiques de rachat d’actions entraînent un gonflement de la rémunération des dirigeants.

LES DONNÉES ET L’ÉCONOMIE CORROBORENT-ILS CES ARGUMENTS?

Il est vrai que dans les marchés développés, les investissements en capital exprimés en pourcentage des flux de trésorerie d’exploitation diminuent. Certains problèmes qui ne sont pas liés aux rachats d’actions sont à l’origine de cette situation.

L’importance relative des secteurs de la technologie et de la santé a considérablement augmenté par rapport aux autres secteurs. En général, les entreprises de ces secteurs ont une faible intensité capitalistique et investissent plutôt dans la recherche et le développement.

Les données relatives aux dépenses en capital ne tiennent souvent pas compte des activités de recherche et de développement, en particulier avec les règles comptables américaines; soulignons que les États-Unis représentent plus de 60 % des marchés développés du monde.

L’affirmation selon laquelle les rachats d’actions sont à la hausse est probablement vraie, mais il faut nuancer.

Dimensional Fund Advisors, grande société de placements présente dans le monde entier, a analysé les tendances en matière de rachat d’actions et de versement de dividendes au sein des sociétés américaines cotées en bourse pour la période allant de 1973 à 2015.

Une augmentation constante des rachats d’actions exprimés en pourcentage de la capitalisation boursière a été constatée.

Le ratio du montant total versé aux actionnaires est toutefois resté inchangé au cours de la même période.

Pourquoi? La diminution des versements de dividendes a entièrement compensé l’augmentation des activités de rachat d’actions.

Même si nous sommes déterminés à prouver que les sociétés modernes cotées en bourse n’investissent pas suffisamment, le versement de montants excessifs aux actionnaires ne semble pas être le grand coupable.

Vous remarquerez que nous avons regroupé, dans les paragraphes ci-dessus, les rachats d’actions et les dividendes. L’aspect suivant est important : les dividendes et les rachats d’actions sont exactement la même chose, du moins sur le plan économique.

Dans les deux cas, une entreprise dispose en effet de fonds qu’elle souhaite distribuer à ses actionnaires. En procédant à un rachat d’actions, une entreprise réduit son capital-actions en remettant de l’argent aux actionnaires, alors qu’en versant des dividendes, elle réduit ses bénéfices non répartis.

Dans un bilan, il s’agit simplement de deux postes étroitement liés dont la différence est insignifiante.

Lorsque je juge du caractère raisonnable des oppositions aux rachats d’actions, j’aime remplacer, dans les discussions, le terme « rachat » par « dividende », ce choix de mot ne posant probablement aucun problème.

En ce qui concerne la rémunération des dirigeants, les rachats d’actions peuvent indéniablement augmenter les montants qui leur sont versés, notamment grâce au régime d’intéressement à long terme.

Selon les recherches menées par la Columbia Law School, les montants versés dans le cadre des régimes d’intéressement à long terme ont représenté, en 2016, 47,4 % de la rémunération totale des PDG des sociétés du S&P 500.

Dans 64 % des régimes, des mesures liées au revenu, comme le bénéfice par action, ont été utilisées. Étant donné que les rachats d’actions entraînent une réduction du nombre d’actions en circulation, le bénéfice par action augmente automatiquement, ce qui est censé profiter aux PDG.

LES RACHATS D’ACTIONS SONT-ILS UNE MAUVAISE CHOSE? COMME C’EST LE CAS POUR DE NOMBREUSES QUESTIONS, ÇA DÉPEND!

Les problèmes de gouvernance des sociétés cotées en bourse peuvent être exploités par des dirigeants utilisant les rachats d’actions, bien que cette pratique ne soit pas nécessairement mauvaise pour l’économie.

On peut avancer, avec moins de cynisme, que les rachats d’actions permettent une affectation efficace du capital, en vertu de laquelle les entreprises peuvent distribuer de l’argent aux actionnaires lorsqu’elles n’ont plus elles-mêmes d’investissements fructueux à faire. Si les actionnaires peuvent ensuite affecter ces ressources financières de manière à les optimiser, cela profite à l’économie dans son ensemble.

Quel que soit le point de vue sur la question, les rachats d’actions constituent maintenant un aspect très important des marchés financiers; et cela devrait durer.

Le présent contenu est fourni à titre informatif uniquement et ne doit pas être considéré comme des conseils juridiques, comptables, fiscaux ou financiers personnels. Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et ne reflètent pas forcément celles de Louisbourg Investments Inc.

Cet article a été initialement publié à la page A12 du journal Times & Transcript de Moncton du jeudi 22 novembre 2018. Contenu republié avec autorisation.

À propos de l’auteur

Emerson Savage, CPA

Adjoint institutionel et gestionnaire de portefeuilles
Emerson Savage s’est joint à Placements Louisbourg en février 2016. Il occupe le poste de gestionnaire des opérations depuis avril 2017. À ce titre, il supervise la comptabilité corporative et la gestion des finances et des données. Il est aussi responsable de mesurer les rendements des investissements. Bachelier de la University of New Brunswick en administration des affaires, Emerson s’est distingué durant ses études dans les domaines de la comptabilité et des finances. Il continue ses études afin d’obtenir son titre d’analyste financier agréé (CFA). Avant de se joindre à notre équipe, il occupait un poste de comptable pour une compagnie forestière.